Qu'est-ce qu'une Ulis ?

Les Ulis sont des dispositifs pour la scolarisation des élèves bénéficiant d’une reconnaissance de handicap.

Elles sont implantées dans des écoles, des collèges ou des lycées ordinaires et proposent des enseignements individualisés et adaptés aux besoins des élèves.

Retrouvez dans ce podcast des informations pratiques et le témoignage d’un enseignant spécialisé qui vous présente le fonctionnement d’une Ulis :

Comment scolariser mon enfant en Ulis ?

Comment travaille un enseignant spécialisé ?

Quelle type de pédagogie est employée ?

Quelle orientation est possible après l’Ulis ?

Emission Nous Handi Invisible – Octobre 2019.

Dans une société normative comme la nôtre dans laquelle tout doit être identique et à même d’être mis dans des cases, nous allons aborder la question du handicap chez l’enfant, au sens plus large du terme et notamment dans une classe spécialisée que l’on nomme : ULIS.

Afin de mieux connaitre ce dispositif, nous recevons M. Brice De Souza, enseignant spécialisé à Saint-Raphaël.

Pourriez-vous nous expliquer ce qui vous a donné envie d’exercer ce métier si spécifique d’enseignant spécialisé ?

J’enseigne depuis plusieurs années maintenant en tant qu’enseignant spécialisé.

Auparavant, j’exerçais dans une classe ordinaire et j’ai eu l’opportunité de travailler dans un établissement qui accueillait essentiellement des enfants porteurs de troubles des apprentissages.

Tout a commencé là, j’ai pu travailler et échanger avec des orthophonistes, des neuropsychologues, des psychomotriciennes et d’autres spécialistes.

Je me suis rendu compte que je connaissais assez mal les problématiques des élèves porteur d’un trouble. Cette expérience a été vraiment très enrichissante et m’a donné envie de poursuivre dans cette voie.

Réussite scolaire en Ulis

Quels élèves peuvent bénéficier de l’Ulis ?

Un enseignant spécialisé peut travailler dans diverses structures, écoles ou établissements et assure une mission d’enseignement auprès d’élèves en situation de handicap ou en grande difficulté scolaire.

Il existe différents profils d’enseignants spécialisés en fonction des handicaps rencontrés. On peut se spécialiser pour travailler auprès d’élèves qui ont des troubles :

des fonctions visuelles : mal-voyant ou non voyant

auditives : mal-entendant

des troubles des fonctions cognitives : tout ce qui concerne la mémoire, la compréhension, le raisonnement.

En ce qui me concerne, j’ai reçu une formation pour travailler auprès d’élèves ayant, en règle générale, des troubles des fonctions cognitives ou du développement comme pour l’autisme mais aussi des troubles des apprentissages ou d’autres profils d’élèves.

Aujourd’hui par exemple, j’enseigne en Ulis qui est une classe spécialisée mais aussi un dispositif ouvert. Le but de ce dispositif est de favoriser l’inclusion des élèves dans des classes ordinaires.

On accueille au maximum 12 élèves de 6 à 11 ans.

Je travaille en binôme avec une AESH.

Elle accompagne les élèves dans leur vie quotidienne, dans les activités d’apprentissages, elle peut, par exemple, animer un atelier de graphisme avec un petit groupe pendant que je mène une séance de lecture avec un seul élève qui a besoin d’une attention particulière. C’est un vrai travail d’équipe et elle a une place essentielle pour les élèves et pour le bon fonctionnement de la classe.

Petite précision : une Ulis c’est une Unité localisée pour l’inclusion scolaire. Auparavant, on appelait cette classe CLIS ou encore classe d’adaptation. La terminologie a evolué.

Qu’est-ce que l’inclusion? Comment cela se traduit-il dans les faits ?

Le but de l’Ulis est de favoriser l’inclusion. Les élèves sont amenés à travailler en Ulis mais ils peuvent aussi être inclus dans une classe ordinaire.

Leur emploi du temps est aménagé et ils participent aux projets qui sont menés sur l’école au même titre que les autres élèves.

Actuellement un projet est en cours en partenariat avec le conservatoire de la ville de St Raphaël. Il s’agit de l’Orchestre à l’école et qui permet aux élèves de faire de la musique avec des professeurs expérimentés du conservatoire.

Les élèves de l’Ulis y participent pleinement : soit sur la formation orchestre, soit sur la formation chorale ou encore sur le groupe de Batucada qui est un groupe de percussions brésiliennes.

Les enfants bénéficient de ce type d’activités une fois par semaine, une fois par mois ?

Concernant l’orchestre à l’école, ce sont des cours hebdomadaires qui se déroulent durant toute l’année. Les élèves s’entraînent, répètent et proposent un concert en fin d’année.

Mais en dehors de ce projet, les élèves sont aussi inclus en mathématiques, en histoire, en sciences… C’est en fonction du parcours de l’élève et de ses possibilités.

Comment fait-on pour intégrer une classe Ulis ?

Pour intégrer la classe Ulis, il est nécessaire d’avoir au préalable une reconnaissance de handicap auprès de la MDPH – la Maison Départementale des Personnes Handicapées. C’est elle qui, lorsqu’une demande d’orientation en Ulis est demandée, va statuer. Cela se passe dans le cadre d’une commision : la CDAPH qui prononce la décision finale d’affecter un élève en Ulis.

En règle générale, l’école joue en amont un rôle de conseil. Lorsque cela apparaît nécessaire, elle propose aux parents une orientation en Ulis pour que l’élève bénéficie d’un enseignement adapté. Cette accompagnement se déroule dans un espace où l’effectif est réduit et la pédagogie totalement individualisée.

Si les parents en sont d’accord, un dossier est constitué et la proposition sera ensuite étudiée à la MDPH. Une fois que la décision est rendue, les parents peuvent inscrire leur enfant à l’école sans oublier au préalable l’inscription en Mairie en cas de changement d’école car il n’y a pas d’Ulis dans toutes les écoles.

Pour davantage d’informations, les parents peuvent se renseigner auprès de l’Enseignant Référent de leur secteur d’habitation qui connaît très bien le circuit et les démarches à mener.

Quelle est la durée de l’accompagnement en Ulis ?

C’est assez variable, mais en règle générale un élève peut être accompagné durant plusieurs années : le temps pour lui d’acquérir pas à pas les apprentissages nécessaires à son autonomie.

J’ai cru comprendre grâce à des professionnels de l’autisme que le fait de ralentir était un élément souvent essentiel.

Pour l’autisme effectivement c’est un aspect fondamental. Il est bien souvent nécessaire de ralentir et de donner du temps pour ancrer les apprentissages. Cela demande souvent beaucoup de répétition et de patience.

Mais en dehors de l’autisme et plus généralement, on sait que tous les élèves n’ont de toute façon pas le même profil d’apprentissage. Certains élèves vont simplement avoir besoin de plus de temps que d’autres que l’on soit en classe spécialisée ou en classe ordinaire.

Un jeune élève de CP doit par exemple mémoriser 2 nouveaux sons par semaine, ce qui est difficile pour un élève qui a un trouble du langage ou de la lecture.

En effet, la progressivité pour un enfant porteur d’un trouble comme ceux que vous accompagnez est cruciale mais finalement elle peut concerner des enfants scolarisés en milieu ordinaire qui sont souvent sous pression ou qui se sentent dépassés.

Quelle orientation est possible après L’Ulis ?

Après l’Ulis, il y a différentes possibilités sachant que chaque situation est réfléchie au cas par cas et en concertation avec les parents. Il faut savoir que l’Ulis ne se limite pas à l’école élémentaire. Il y aussi l’Ulis-collège et l’Ulis Lycée.

Les orientations sont pensées en fonction du niveau de l’élève mais aussi en fonction de ce qui apparaît être le plus adapté pour lui.

Il y a plusieurs cas de figure :

Un élève peut être orienté vers un établissement spécialisé si par exemple il n’a pas acquis les bases pour envisager une poursuite de sa scolarité au collège mais aussi, si le milieu ordinaire s’avère trop angoissant pour lui et ne lui permet pas d’évoluer positivement ou encore s’il a besoin de recevoir des soins et un suivi spécifique.

Il est possible d’aller vers une filière professionnelle comme la Segpa qui propose également des classes avec un effectif réduit et des apprentissages plus concrets. Les Segpas se trouvent dans certains collèges comme au Collège de Villeneuve à Fréjus.

À la sortie de l’Ulis-école, un élève peut aussi intégrer une classe ordinaire au collège si on constate qu’il est en capacité de pouvoir suivre le rythme et le programme avec si besoin des aménagements ou des aides.

Vous qui avez exercé en classe ordinaire, quel type de pédagogie mettez-vous en pratique en Ulis ?

C’est une pédagogie individualisée. L’objectif c’est de s’adapter au profil d’apprentissage de chaque élève, à ses besoins et à sa manière d’apprendre. On n’enseigne pas de la même façon à un élève avec autisme qu’à un élève dyslexique qui rencontre des difficultés pour apprendre à lire.

Je vais donc puiser dans une large palette de méthodes et d’outils en essayant de sélectionner ce qui apparaît le plus adapté pour chaque élève.

Concrètement, j’utilise par exemple le Makaton qui est une banque de pictogrammes très utile pour favoriser le développement du langage et de la communication pour les élèves avec autisme.

Un pictogramme c’est un petit dessin simplifié, tout le monde connaît le dessin de la place de parking réservée aux personnes handicapées : c’est un pictogramme ! Mais il en existe beaucoup d’autres qui représentent des objets du quotidien, des actions, des personnes.

Dans ma pratique et pour l’ensemble des élèves, je fais beaucoup appel à des outils numériques: tablettes, ordinateurs, tableau numérique et des applications diverses.

Je peux vous citer : Boukili qui est une application canadienne très intéressante pour travailler la lecture, elle est gratuite et disponible sur PC et tablette.

On travaille aussi avec Minetest qui est une version gratuite et opensource du jeu Minecraft que les plus jeunes connaissent bien. On l’utilise comme un jeu de construction et on essaye actuellement de récréer l’école à partir de mesures, de plans, de photos qui ont été réalisées au préalable. C’est un projet très motivant pour les élèves et ils sont très doués, très à l’aise avec ce genre d’outils. Au départ je leur avais demandé de construire une maison très simple mais ils sont allés bien au delà de la consigne.

J’ai été très surpris par la qualité de leurs constructions, leur créativité, leur ingéniosité. Une élève avait pensé à intégrer des blocs pour représenter les parties techniques : chauffage, climatisation, électricité, eau.

J’ai pu voir des architectures très élaborées, des pièces secrètes en sous-sol et quasiment tous ont installé des piscines.

L’intérêt de ce travail c’est aussi de mieux les connaître. J’accède à leur univers, à leur manière de voir les choses. Pour eux c’est l’occasion de s’exprimer avec un outil qui est différent de ce qui se pratique d’ordinaire. Ils ont l’occasion de s’exprimer en toute liberté et avec beaucoup de motivation.

Des éléments de réponse très concrets, des méthodes adaptées, des jeux ainsi que des réalisations, les auditeurs découvrent je l’imagine des aspects peut-être méconnus d’une classe spécialisée et vont certainement avoir un nouveau regard aussi.

En tant qu’enseignant en milieu spécialisé, quel est votre regard sur le handicap visible et invisible ?

Lorsque j’ai commençé à travailler en classe spécialisée, bien souvent je me suis fait la réflexion que la notion de handicap visible ou invisible pouvait être changeante en fonction de la manifestation des troubles chez l’élève mais pas seulement.

C’est aussi lié au regard que l’on porte sur le handicap ou encore du contexte dans lequel on se trouve.

Lorsqu’on a mis en place un atelier de jeu d’échec, c’était à l’initiative d’un élève avec autisme. Ce qui m’a frappé c’est qu’il était très différent en situation de jeu et on avait le sentiment qu’il n’était plus autiste à ce moment là.

Du point de vue de ses interactions avec les autres, il était comme un enfant ordinaire qui joue aux échecs : il n’aime pas perdre au départ. Si l’adversaire ne joue pas assez vite, il s’impatiente et puis il progresse : il finit par accepter de perdre des pièces. Il propose aux autres élèves de jouer avec lui, il leur parle, il montre comment on joue à un élève qui débute : ce qu’on peut ou ne peut pas faire.

Et puis à d’autres moments, les traits autistiques se manifestent de nouveau et on continue de travailler pour progresser.

Je suis bien souvent témoin de ce genre de situations et je peux notamment évoquer avec vous l’histoire d’une élève qui a un trouble des apprentissages et qui est passionnée par la danse.

Elle a pu s’exprimer dans un domaine où elle était dans son élément et on peut dire qu’elle est devenue en quelques mois une véritable leader.

Pensant bien faire, j’ai voulu animer un atelier danse. Ce fût dès le départ un échec total. Je voyais dans les yeux de mes élèves : « Non, non, on n’a pas envie de danser avec toi, tu es trop vieux et puis tu ne sais pas danser de toute façon ! »

Après un petit moment de déception, j’ai accepté d’être pris pour un vieux… mais j’ai surtout accepté de ne pas être dans la position de l’enseignant qui sait tout. Alors j’ai décidé de déléguer le rôle de Prof de danse à cette élève.

Un rôle qu’elle endosse à merveille et d’un seul coup tous les élèves la suivent, s’éclatent, la respectent, l’écoutent et peu à peu l’expérience finit par sortir de l’Ulis et on organise un cours de danse, ouvert à tous les élèves de l’école, sur le temps du midi…

C’est une belle histoire parce que cette jeune fille s’est constitutée peu à peu une équipe de copines autour d’elle et elles ont animé pendant plusieurs semaines, chaque jour, un cour de danse qui a accueilli petits et grands, des filles beaucoup mais des garçons aussi.

Je trouve qu’avec cette expérience, on était totalement dans la philosophie de l’inclusion tout en sachant que c’est bien cette élève qui était l’instigatrice de ces moments où tous les élèves pouvaient être ensemble, danser, rire, s’amuser tout simplement.

Et comme pour le jeu d’échec, la danse a été cet espace où le handicap s’efface et laisse place à la personne avant tout.

Je partage l’idée de Béatrice Sauvageot qui est une orthophoniste qui a beaucoup travaillé sur la dyslexie et qui explique dans un des ses ouvrages que : « Les personnes l’intéressent plus que leur trouble ».

Une autre personne qui m’a beaucoup inspiré c’est Josef Schovanec, qui considère qu’il est préférable de parler d’une « personne avec autisme » plutôt que de dire « il est autiste ou voilà un autiste » parce que selon lui, ce serait trop restrictif de ne qualifier quelqu’un que par le trouble ou le syndrôme dont il est atteint.

Je partage ce point de vue parce qu’auparavant je souriais un peu à ce genre de nuance mais aujourd’hui, je comprends davantage que c’est nécessaire pour mettre en avant le respect de la personne humaine, quelle qu’elle soit. Être capable aussi de changer son regard sur le handicap en général qu’il soit visible ou invisible.

Tout le monde peut être concerné, de près ou de loin, à un moment donné de sa vie aussi. Je pense en avoir pris conscience.

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